Chère Miriam,Ça fait trois longues années que j’ai quitté le bled, en partance pour un pays lointain, où, je pensais, couleraient le lait et le miel. Ici par contre, les jours passent et se ressemblent. C’est laid ! Tout me manque de l’autre côté ; nos souffrances, nos peines et nos causeries enflammées. Au fil du temps, je me rends compte que malgré tout le bien matériel que j’aie, je n’ai plus rien qui tienne, plus aucune personne qui soit véritablement mienne.
Près de toi, j’avais paix du cœur et tranquillité, tant tu savais comment me combler. Nos disputes les plus acharnées m’étaient après elles, de véritables moments de remise en question d’où me venaient d’idées d’amélioration et de progression. Tu étais pour moi la voix du Père lorsque par rebellion, j’avais muselé celle du Saint Esprit, la conscience meurtrie de revers. Hélas ! Je les ai perdus ; ces moments de reconstruction, mais aussi mes repères.
Ici, toutes les femmes n’en ont qu’après mon fric ; les plus humaines me considèrent pour mon physique. Très peu m’aiment et c’est peu dire ! Je suis seul, car les hommes qu’autrefois j’eusse la bêtise d’appeler amis m’ont vite trahi, très vite ! L’arrogance du matériel et du pouvoir éphémère les a rendus arrogants et mercantiles. Adieu les principes ; tout est ici question d’intérêts et de réussites. Mais à quel prix ?
Chère Miriam, il t’est certainement venu en tête l’idée de mon célibat. Oui ! Célibataire je suis toujours, comme une fille qui n’a de mérite que son baccalauréat. Cependant, je cours. Après nos fiançailles rompues, je me suis promis de rester ainsi ou au pire de te revenir. Dans ce pays, j’avais pourtant pour un temps, essayé de m’affranchir : c’était après ma rencontre avec Fidelle. Quelle erreur ! Loin d’être fidèle, cette fille m’était une vipère. Je me suis séparé d’elle.
Chère Miriam, je t’aime toujours. Comment t’oublier ? Mes pensées sont dirigées vers toi tous les jours, quand bien même j’essaie de les refouler. Je ne reviendrai plus au bled. Cette vie n’est plus faite pour moi. Plus rien de me retient la-bas, sauf peut-être toi. Je sais que tu es demeurée célibataire à m’attendre. A présent, je te libère : marie-toi. Tu n’as rien à me rendre, hormis la joie d’une famille dans la foi et fière. Qu’il soit plus chrétien que moi, qu’il te rapproche mieux du Christ-Jésus que moi.
Chère Miriam, marie-toi ! Je mourrai certainement dans ce pays lointain. Ne t’inquiète pas pour moi, j’irai retrouver Jésus-Christ pour boire de sa fontaine. Ce monde n’est pas fait pour moi, j'en suis certain. Adieu Miriam, adieu ma sœur…
Lord’s Favoured
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