2019/2020
S'il est une année académique qui m'a le plus marqué, c'est bien celle-là. J'ai touché le fond sur tous les plans. Ma vie en a pris un gros coup. Mais alors, un très gros coup.
Entre les incompréhensions avec mes camarades et d'autres instances décisionnelles, malgré mon intention de toujours vouloir bien faire, j'en ai vu de toutes les couleurs. Cerise sur le gâteau ; même ma spiritualité, je l'ai pratiquement perdue, résigné dans ma bulle. Je vous en parle et de comment Dieu ne dort, quand bien même on l'ignore.
J'aime le travail bien fait. Aussi suis-je perfectionniste et puriste dans mes attentes. Et comme si Dieu me donnait de comprendre qu'il est Maître de tout et de tous, il me permit, malgré mes efforts, d'obtenir largement en deçà de mes attentes. J'eus la note la plus basse dans une matière. Le petit dernier de la classe quoi, moi qui fus toujours parmi les plus forts de la filière journalisme, niveau III, à l'Esstic (École supérieure des sciences et techniques de l'information et de la communication).
À plusieurs reprises, des enseignants m'ont fustigé en public : la honte pour moi. La maladie, la crainte du lendemain et j'en passe. Mon quotidien m'était difficile, sans compter le fameux article qui me valut la bastonnade verbale du siècle : la honte promotionnelle. Allez savoir !
Je n'avais jamais pensé arriver où je suis arrivé. L'histoire est longue. Je vais l'abréger. Un soir, invité par une amie à Messassi pour un travail, elle décide de me raccompagner dans son véhicule. Nous sommes au début du confinement dû à la Covid-19. Étant très loin de chez elle, elle me dépose au Ministère de l'éducation de base. Nous sommes à Yaoundé, capitale du Cameroun.
Je vais prendre un taxi, car elle en a fait beaucoup, outre sa gentillesse et son hospitalité. J'attends le taxi en vain : peu de véhicules automobiles circulent. Covid-19 oblige. Les rues sont désertes. Finalement, je ne suis pas loin de la maison. Jdécide de marcher.
(Étant passionné par la photographie, je m'arrête occasionnellement au Lac municipal pour faire des photos. Le ciel est beau, les étoiles brillent d'un éclat étonnant, l'air est frais. Quoi de plus ? La vie est belle. Vers la résidence du gouverneur, je chante à l'improviste. C'est la joie dans mon cœur. Jusqu'ici, j'ignore ce qui m'attend devant. Le pauvre ! Le chemin déjà parcouru, je suis au Château de Ngoa Ekelle (mon quartier) près de Fouta, le restaurant. Là, j'observe une scène. Des gendarmes sont entrain de fermer le restaurant, prennant en même temps les effets du propriétaire.
Toujours photojournaliste dans l'âme et courageux, je sors mon téléphone et commence à filmer la scène, devant ces hommes en tenue. Je me dis que cela ferait un bon article, car ils emportaient la bouteille à gaz géante du type, le menaçaient en passant. La foule est attirée. Sur le champ, deux jeunes hommes sont chopés et mis derrière le camping-car de ces derniers.
Ils viennent vers moi : « Hey hey ! Tu fais quoi ? ». Ça a cuit. Je me présente, carte d'identité et carte professionnelle à l'appui ... « Tu es journaliste hein. Donc, c'est toi qui filmes nos opérations, après on va voir ça dans les réseaux sociaux hein. Chef, chef ! Il dit qu'il est journaliste. » Ça commence à être sérieux. Je deviens le parc d'attraction de ceux qui y sont. Les gendarmes ruent vers moi. L'un d'eux me demande mon téléphone. Je le lui donne. « Montre-moi ce que tu as filmé. » Je le fais. Il saisit le tel et le remet à son chef hiérarchique et me dis : « Tu sais que tu ne verras plus ton téléphone, non ? » Tranquille, je le regarde, sans dire mot. Ensuite, ils me demandent de monter sur le camping-car en gentleman, sous peine d'être brutalisé. Je me plie et m'assoie.
Voyant mon obéissance, L'un d'eux me dit : « Tu n'es pas un voleur, pourquoi tu t'assoies avec tant d'aisance ? ». Trois inconnus, nous sommes et une dizaine d'hommes en tenue. Nous sommes embarqués. Il est alors 23h et plus. Mon frangin, Joël FOKAM, s'inquiète. Habitué à me voir rentrer tard dans la nuit, dû à mes occupations multiples, dans un premier temps, il se tranquillise. Plus tard, il craque, car j'ai trop duré. Il sonne mon appareil. Le Chef répond et lui dit : « Ton frère as été arrêté ». De l'autre côté j'ai mes effets sur moi : portefeuille, laptop et autres gadgets. Ils me dépouillent de tout et font semblant de me faire une décharge. Ensuite, je suis déchaussé, et mis dans une cellule.
Dans ma tête, c'est le délire car je ne voyais pas mon délit. Il suffisait de supprimer mes prises. Je suis accueilli dans la cellule en champion. Ironie. Ils me demandent les « droits de cellule. » Je leur brandis un billet de 500frs, ayant soigneusement laissé le reste de mon pactole dehors. La cellule est noire, les cœurs des détenus encore plus. La violence, tant verbale que physique, y règne. Je suis intimidé, menacé et dans la foulée, j'encaisse un coup. L'un des jeunes s'en à moi, insistant que je lui donne de l'argent. Nous sommes resserrés et c'est à peine si l'on trouve de l'espace pour se tenir debout. Je n'arrive pas à le croire : Je vais dormir en tôle en pleine Covid-19, avec une bande de fâcheux prêts à tuer pour une cigarette. Mon Dieu !
Ça bagarre dedans. ça bavarde ! Ils menacent de me sodomiser, si je ne leur apporte pas le reste de mon fric. Pour bon nombre de ces jeunes, personne ne viendra à leur secours pour payer leur caution. Ils s'en prennent donc aux nouveaux et cotisent ainsi leur propre caution. Il y en a parmi eux qui sont déjà à une semaine sans espoir. Je n'arrive pas à dormir. Je réfléchis sur mes contacts et mes réseaux, mais je ne veux pas que la famille sois alertée, car je suis en très mauvais termes avec mes grands frères. Je ne voudrai pas inquiéter ma mère, surtout pas elle. Et comme si celà ne suffisait pas, on me refuse le droit de contacter quique ce soit. Avec un peu de clémence vis-à-vis de mon statut de journaliste, ils viennent me demander si je...
Si je tiens le coup, de temps en temps. Plus tard, l'un d'eux me demande : « Tu veux qu'on te change de cellules ? » Ouf ! Ça puait de l'autre côté. « Oui, merci ! » Je deviens le boss de l'autre côté. Il y a plus d'air et beaucoup d'espace. Il me demande de conseiller les nouveaux. Il est déjà minuit passé et tout compte fait, je vais dormir en tôle. Joël FOKAM contacte quelque camarades de classe. Ils rassemblent de l'argent ci et là pour me faire sortir et récupérer mes effets. Pendant ce temps, il ne dort pas, moi non plus. Je regarde la cellule, pense à Dieu, pense à ma vie, pense à ma famille, pense à mes enseignants, pense à mes camarades de classe. Tout m'arrive. Je suis un tôlard. 😔
Vous savez, Dieu est fort et merveilleux. Le lendemain je sors. Juste pour dire merci à Jésus-Christ pour cette expérience. Je l'ai appréciée plus tard. Merci beaucoup à Joël, à Singui, à Njuplong, à Jacinthe, à Joly, à SIKALI et aux autres qui ne sont pas mentionnés ici. Un immense merci à Diana EYANGO. Que Jésus-Christ vous bénisse. On reconnaît les siens dans les difficultés. Mais, je suis toujours têtu et obstiné. Que Dieu m'aide. 😅
Une nuit en cellule, inoubliable.
Kingsly NCHE