Et si je vous contais une petite histoire ce soir ...
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En première année, lorsque j'étais étudiant à l'Esstic, une chose bizarre m'arriva. C'était au premier semestre et contre toute attente, après la session normale, je fus admis au rattrapage. J'ai toujours haï l'échec scolastique. Aussi me suis-je toujours battu pour être le meilleur, sinon l'un des leurs, à chaque étape de mon cursus scolaire : une « maladie » que j'avais contractée en Seconde, après mon échec cuisant en troisième, lorsque je dus enregistrer, pour ma première fois, un 7 de moyenne. N'eût été notre départ de Yaoundé pour Bamenda, j'aurais repris cette classe. Gloire à Dieu, cela ne fut point le cas. Bon ! Revenons à l'Esstic. Une unité d'enseignement à reprendre...
Ce jour de résultats, je quitte _The Post,_ l'organe de presse écrite qui m'héberge en qualité de stagiaire et me rends à l'Esstic. Le babillard est bondé de monde. Chacun regarde sa note. Enfin, c'est ce que je crois, jusqu'à ce que je me rende compte que plusieurs, étant sûrs des leurs, n'ont plus à être là. Seulement, ils y sont toujours. Ils regardent les notes des autres, dans l'optique, pour la plupart, de savoir qui ira au rattrapage avec eux. Curieuse chose, n'est-ce pas ? Dans la foulée, j'aperçois mon échec et me fais à l'idée que j'avais jusque-là détestée. Nous quittons le bâtiment, cheminant vers le château de Ngoa Ekelle. Certains camarades recalés du fait, s'égaient.
Je suis stupéfait. L'un d'entre eux me dit : « Kingsly, je suis contente que tu partes au rattrapage. Même comme je suis recalée, ça me soulage. » Une fille jolie, reprend dans la même veine et je comprends que, quoique recalées, elles se servent de mon échec pour se consoler. Quelques jours plus tard, j'apprends que je suis la risée de plusieurs. Ils se disent d'ailleurs, à titre consolateur ; « Même les forts vont au rattrapage. » Le jour de ce fameux rattrapage, un ami m'approche sur le banc premier que j'aime occuper et me confie : « Plusieurs ont ton mal et ton échec les arrange. » Jusqu'ici, je ne comprends pas pourquoi les gens qui ont échoué, comme moi, se contentent quand-même ...
J'ai appris ceci de cette histoire : les hommes se plaisent à voir leurs semblables dans leur pétrin. Et s'il s'avère que la providence vous ait placé au-dessus de ce dernier, leur désir incessamment est de vous voir tomber. Et combien c'est enfantin ! Un fameux écrivain disait : « Ce n'est pas en affaiblissant le fort qu'on devient fort. » Vous vous souvenez peut-être de ces enfants qui rentrent avec de mauvaises notes et disent à leurs parents : « Tout le monde a échoué, même le premier de la classe. » Quelle drôle de façon de cacher sa faiblesse ! C'est d'un manque de responsabilité typique que de justifier ses échecs par des comparaisons niaises avec les autres au jour de leur détresse.
Kingsly NCHE
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